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Heinz Cibulka, la ville, et moi

18 juin 2012

written by Gabrielle

© Cibulka, aus dem Zyklus Wien I, 1984 new

 

Heinz Cibulka :photographe au physique agréable né à Vienne, Autriche, exposé en ce moment à la galerie photo Westlicht de la ville susnommée.

Heinz Cibulka a réalisé ce que chacun de nous emmagasine dans son inconscient. Il reconstitue en puzzle les villes dans lesquelles il se rend, il poétise en quatrains les arrondissements de Vienne, les rues de Naples, l’URSS déchue en Russie. Assemblages presque systématiques de quatres photos, l’ambiance est donnée, et même si s’en dégage toujours un nouveau message, on ne peut pas s’empêcher d’observer les détails, voyeurs avides que nous sommes. Les photographies prises séparément n’auraient aucun sens, se perdraient dans le flot quotidien des joyeux amateurs. Mais le photographe compose un poème fascinant, lie les matières, les couleurs, chacun des tableaux est une prose racontant l’évidence. Car malgré tout rien de lyrique dans tout cela, l’artiste malaxe le terre-à-terre : ce qui est beau n’est plus sûr, et à l’inverse, des anguilles entassées se révèlent étonnamment esthétiques. Il plonge ses mains dans le mélange qu’est la ville, choisissant dans le tout la révélation de ce que nous sommes. C’est aussi pour cela que les poésies photographiques de Cibulka dégagent parfois une effluve de mélancolie, un face-à-face avec le corps, et donc par extension avec la mort, un dévoilement sans pudeur du sexe, une fascination pour le sang. Impression de déjà-vu ? Vous aurez raison de le croire : apparemment personne ne peut échapper au rapport corps/mort du specimen « artiste autrichien », mais surtout une influence est à chercher du côté des années 1960 lorsque le photographe a prêté son corps et son appareil photo pour des performances de l’actionnisme viennois (par exemple Hermann Nitsch, Rudolf Schwarzkogler), comme en témoigne une petite partie de l’expo de la galerie.

La ville.

Les images de Cibulka sont une ode au regard que l’on peut avoir sur une ville. Lui même a choisi un point de vue original, puisque ce ne sont pas de simples images. Mais au delà des choix esthétiques, c’est une observation douce et drôle parfois, ou bien sans pitié. C’est une ode à l’errance forcée, au regard perdu mais attentif derrière les vitres d’un bus, à la volonté de comprendre ce qui se cache, où est le corps ce tout cela. Une ville n’est pas qu’un ensemble de centres-villes, de beaux monuments et d’intérieurs d’Eglise. Une ville, c’est ce pneu abandonné, c’est cette casserole de saucisses qui boue, c’est cette rue à l’éclaboussure. Mais surtout, c’est un corps qui se fait opérer, c’est cet homme dans le bus qui tourne son regard vers l’appareil, c’est ce couple en extase.

Moi.

Moi comme vivant à Vienne, moi comme visitant Berlin, moi comme souriant à Moscou. Mais surtout ils, ou bien nous. Le corps de la ville est composé de milliers de corps, circulant, grouillant, pris à part au microscope dans lequel nous pouvons nous reconnaître comme faisant partie de cet ensemble étrange.Mais se refléter dans les photographies de Cibulka fait peur, comme regarder une apparente vérité en face. La solitude, le vide apparaît à travers les Hommes, agissant dans ce qui, face à l’immensité de tout le reste, nous apparaît comme un non sens. L’artiste les égard dans ses compositions, la ville, ce monstre qui déshumanise.Si elle est ambigüe, la poésie est aussi touchante. On a envie de faire appel au personnel parce que forcément le moi aussi arrive, moi aussi j’ai des souvenirs de villes, tiens c’est drôle moi aussi j’ai ressenti ça. Même si Heinz Cibulka ne semble pas tomber dans le piège du cliché, il fait appelle à d’autres sentiments, peut-être aussi plus profonds.

 

 

Habitants de Vienne, habitants tout court, allez plonger dans des endroits hasardeux, traînez dans des rues sans églises, visitez une usine d’acier. Mais aussi, allez voir l’exposition Heinz Cibulka, et faites vous un autre avis que le mien. http://www.westlicht.com/

 



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